Actualités

Le regard d'une infirmière en lycée

Le regard d'une infirmière en lycée

Dans le cadre du dispositif JeSuisTemoin.org, nous avons recueilli le témoignage d’une professionnelle de santé exerçant en milieu scolaire. Cet échange s’inscrit dans une démarche de compréhension des réalités de terrain et des enjeux liés aux violences intrafamiliales.

À travers son expérience quotidienne auprès des élèves, elle partage un regard à la fois lucide et engagé sur les situations rencontrées, les difficultés institutionnelles et les leviers d’action possibles. Son témoignage met en lumière le rôle clé des adultes référents dans l’accueil de la parole des enfants et l’importance d’une mobilisation collective.

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots (fonction, établissement, parcours) et nous expliquer votre rôle actuel au sein de votre structure ?

Je suis infirmière scolaire depuis 2002, après avoir exercé pendant neuf ans en chirurgie traumatologique. J’accueille les élèves au quotidien, leur apporte des soins, des conseils et une écoute attentive. J’interviens également en classe pour mener des actions de prévention sur des sujets de santé, qu’ils soient physiques ou mentaux. Je travaille en étroite collaboration avec la vie scolaire, et en particulier avec ma collègue CPE.

Quel est votre lien, direct ou indirect, avec la question des violences intrafamiliales dans votre contexte professionnel ?

C’est un sujet que je suis amenée à traiter dans le cadre des entretiens menés à l’infirmerie, ou à la suite de situations signalées par des collègues. Je pense notamment à des situations de parents séparés, ne vivant pas sous le même toit, mais qui continuent à être violents l’un envers l’autre en présence de l’enfant, voire à le prendre à partie. L’enfant est alors tiraillé entre les deux, témoin direct de cette violence. Il y a aussi des cas d’élèves frappés par un parent, avec l’idée intégrée qu’ils « méritent » les coups parce qu’un enfant ne devrait pas faire de bêtises.

Quel regard portez-vous aujourd’hui, en tant que professionnel de l’éducation, sur les violences intrafamiliales ?

Il existe encore beaucoup de non-dits. Il n’est pas toujours simple de permettre à la parole de se libérer. Et lorsqu’elle l’est, la réponse institutionnelle n’est pas toujours à la hauteur de ce que l’on espère, notamment en termes de rapidité. Pourtant, il est essentiel de tenir bon et de ne rien lâcher. La parole des enfants est fondamentale.

Observez-vous des évolutions dans la manière dont ces situations sont perçues ou prises en charge ?

Oui, les choses évoluent. Mais malgré cela, les institutions et la justice peinent encore parfois à entendre la parole des enfants. Le manque de moyens humains et financiers reste un frein. Il existe encore une tendance à minimiser certaines situations, à éviter de faire de vagues.

Après découverte du dispositif JeSuisTemoing.Org, quel regard portez-vous sur cette initiative ?

Le caractère moins institutionnel de la démarche peut aider certains à franchir le cap de la parole. Il n’y a jamais trop d’initiatives pour venir en aide aux enfants. Les témoignages apportent de la crédibilité et de la réalité aux sujets abordés. En visionnant un film ou un livret jeunesse, un élève peut s’identifier à un personnage, trouver des clés pour comprendre ou résoudre certaines situations. Il est aussi important de rappeler le rôle des témoins, qui peuvent soutenir la parole de l’enfant, lui faire comprendre que ce qu’il vit n’est pas normal et qu’il n’est pas coupable.

Selon vous, quel rôle peuvent jouer les artistes et les œuvres culturelles sur ces sujets ?

Ils peuvent montrer que ces situations existent, rassurer les jeunes en leur faisant comprendre que tous les adultes ne ferment pas les yeux, et qu’ils peuvent trouver des adultes de confiance. Ils peuvent également orienter vers des ressources et des aides concrètes.

Avez-vous déjà mis en place des actions dans votre établissement ?

J’ai déjà réalisé des signalements, ou au minimum des informations préoccupantes. Dans mes actions de prévention, j’aborde ces sujets. Avec ma collègue CPE, nous sommes également animatrices ProDAS, et nous allons mettre en place des groupes de travail dès la prochaine rentrée.

Il serait important de former davantage les personnels au repérage des enfants en détresse et à l’écoute de leur parole. Il faut aussi identifier clairement les personnes ressources dans les établissements, et mettre en place des protocoles précis pour savoir comment agir, qui alerter et comment effectuer un signalement ou une information préoccupante.

Souhaitez-vous partager un message ?

Seul, on va plus vite. Ensemble, on va plus loin. Merci pour cette initiative.

[Billet précédent](https://www.jesuistemoin.org/blog/le-regard-de-notre-marraine-alice-de-lencquesaing)

[Le regard de notre marraine, Alice de Lencquesaing](https://www.jesuistemoin.org/blog/le-regard-de-notre-marraine-alice-de-lencquesaing)

[Billet suivant](https://www.jesuistemoin.org/blog/regard-d-une-directrice-en-ecole-primaire)

[Le regard d'une directrice en école primaire](https://www.jesuistemoin.org/blog/regard-d-une-directrice-en-ecole-primaire)

[Revenir au site](https://www.jesuistemoin.org/_blog#_blog)

Lien direct vers cet article : /blog/regard-infimiere-lycee