Le regard d'une directrice en école primaire

Dans le cadre du dispositif JeSuisTemoin.org, nous avons recueilli le témoignage d’une directrice d'une école primaire en milieu rural depuis plus de vingt ans, cette professionnelle partage son expérience de terrain face aux violences intrafamiliales. Elle évoque les difficultés de repérage, l'importance de la formation des équipes éducatives et le rôle essentiel que peut jouer l'école comme espace de confiance, où les enfants peuvent trouver une écoute et, parfois, oser demander de l'aide.
Pouvez-vous vous présenter en quelques mots (fonction, établissement, parcours) et nous expliquer votre rôle actuel au sein de votre structure ?
Je suis directrice d'une école primaire de six classes, qui en a compté jusqu'à neuf, située en milieu rural. J'occupe cette fonction depuis 21 ans.
Quel est votre lien, direct ou indirect, avec la question des violences intrafamiliales dans votre contexte professionnel ?
Nous sommes parfois directement confrontés aux violences intrafamiliales à travers les enfants que nous accompagnons au quotidien. Nous devons être attentifs à leur bien-être et être capables de détecter les situations qu'ils pourraient subir. Certains signes doivent nous alerter, comme la tristesse, une baisse des résultats scolaires ou encore l'isolement.
Si vous le souhaitez, pourriez-vous partager une situation ou un type de situation (sans citer de nom) qui vous a marqué(e) sur cette thématique ?
Un enfant est revenu blessé après le temps du repas. Il nous a expliqué avoir reçu une gifle de la part de l'un de ses parents, qui tenait un couteau à la main. Nous avons immédiatement effectué un signalement.
Quel regard portez-vous aujourd’hui, en tant que professionnelle de l’éducation, sur les violences intrafamiliales ?
Les adultes ne sont pas suffisamment formés à repérer les signes de ce type de violence. Comme nous sommes en contact direct avec les familles, il est parfois délicat d'exprimer nos doutes et d'effectuer un signalement. Il serait utile qu'une assistante sociale intervienne régulièrement dans les écoles afin que les enfants, les enseignants et les parents puissent plus facilement s'adresser à elle. La parole reste difficile à recueillir.
Observez-vous des évolutions dans la manière dont ces situations sont perçues, identifiées ou prises en charge au sein des établissements ?
Les enseignants sensibilisent davantage les enfants au fait qu'ils ne doivent pas subir ces violences et qu'ils ont le droit d'en parler. Malheureusement, la parole se libère encore très peu. L'école est de plus en plus confrontée à ce type de situations et, pourtant, elle doit rester un lieu neutre où l'élève se sent bien et peut oublier, autant que possible, les difficultés qu'il rencontre. Elle peut également être un espace où l'enfant sait qu'il peut se confier sans craindre de représailles. C'est pourquoi la présence d'une personne indépendante, comme une assistante sociale, serait très précieuse. Les enseignants assument trop souvent un rôle qui n'est pas le leur.
Après découverte du dispositif JeSuisTemoin.org , quel regard portez-vous sur cette initiative ? En quoi ce type de démarche vous semble-t-il pertinent dans le cadre scolaire ?
Toutes les actions de sensibilisation sont utiles. Parler régulièrement des violences intrafamiliales permet aux enfants de comprendre qu'ils ne sont pas seuls, que ces violences ne sont pas normales et qu'elles doivent être dénoncées.
Le fait que cette sensibilisation se déroule à l'école, un lieu neutre, peut aider les enfants à oser prendre la parole. Lorsque ce sont des enseignants, en qui ils ont confiance, qui portent ces messages, ils peuvent avoir encore plus d'impact. Il faut semer ces petites graines dès le plus jeune âge.
Selon vous, quel rôle peuvent jouer les artistes et les œuvres culturelles pour sensibiliser, prévenir ou libérer la parole autour des violences intrafamiliales, notamment auprès des jeunes ?
Tous les supports qui amènent à réfléchir sur des sujets de société sont intéressants. Les spectacles sont, en général, particulièrement porteurs. En parallèle, les enseignants doivent être formés afin de pouvoir s'investir dans ce type d'actions, notamment à travers des formations institutionnelles.
Avez-vous déjà mis en place, ou imaginé, des actions concrètes dans votre établissement pour aborder ces sujets (prévention, sensibilisation, accompagnement, signalement…) ?
Je parle régulièrement avec les enfants de ce que les adultes peuvent ou ne peuvent pas faire avec eux. En maternelle, nous abordons notamment la question du respect de leur corps. Plus largement, quelles initiatives vous sembleraient utiles ou pertinentes à développer dans le milieu scolaire pour mieux accompagner ces situations ? La formation des enseignants est essentielle. Il faudrait faire de la lutte contre les violences intrafamiliales une véritable priorité.
Souhaitez-vous partager un message, une conviction ou un conseil à destination de la communauté éducative, des familles ou des élèves ?
Il faut oser parler, échanger et ne pas rester seul avec ses doutes. Nous sommes plus forts lorsque nous agissons en équipe.
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